Alors qu'Elvis Presley ou Eddie Cochran ont construit leur réputation sur le côté sulfureux et ouvertement sexuel de leurs prestations, Fats Domino a conquis le grand public grâce à ses allures de jeune homme sage. Au passage, il a montré qu'il était possible d'être noir et de séduire l'Amérique blanche sans pour autant renoncer aux caractéristiques essentielles de la musique afro-américaine : le boogie et le swing. Antoine Domino est né le 26 février 1928 à La Nouvelle­ Orléans, et il n'a pas tardé à être confronté à la tradition musicale locale. Formé au boogie-woogie par son beau­ frère, il décide de compléter ses revenus d'ouvrier d'usine en proposant ses services pianiste, le soir, dans les bars. La légende veut que Fats ait été remarqué au Hideaway un jour de 1949 par le trompettiste et producteur Dave Bartholomew celui-ci écume les bars de la ville pour le compte de la firme lmperial, à la recherche de nouveaux talents. Dès son premier disque, The Fat Man (la reprise d'un vieux blues de Champion Jack Dupree), Domino touche le jackpot et sa carrière est lancée au sein de l'Amérique noire. Il lui reste pourtant à franchir la barrière de la race s'il veut devenir une véritable star, et sa maison de disques va s'y employer. Avec sa bonhomie et son physique rondouillard confirmé par son surnom de "Fats", Domino n'a rien de la virilité musclée et de la sexualité agressive qui inquiètent une Amérique encore en proie aux fantasmes les plus racistes en cette période de ségrégation. Et puisque la jeunesse recherche une musique qui swingue, autant lui proposer ce chanteur timide et un peu nonchalant. La sortie de Ain't It A Shame au printemps 1955 marque, l'entrée de Fats Domino dans la cour des grands. Symbole du rock'r roll dans ce qu'il a de plus rassurant, il est plébiscité par le public comme par les medic au fur et à mesure que les tubes s'amoncellent (I'm In Love Again, Blueberry Hill, Blue Monday, I'm Walkin', l'm Gonna Be A Wheel Some Day) Domino va vendre près de  70 millions de disques, ce qui  le place dans le peloton de tête des artistes les plus célèbres de son temps, aux côtes d'Elvis Presley et des Beatles.

 

  I'm In Love Again 
Le 2 septembre 1956, Fats est l'invité du Steve Allen Show à la télévision, où il est présenté comme  "la nouvelle sensation du rock'n'roll". Sa rondeur naturelle et sa politesse exemplaire rassurent les parents américains, dont beaucoup craignent que le rock'n'roll ne finisse par conduire au mélange entre les communautés. Au programme : ses derniers tubes dont I'm ln Love Again, qui s'est hissé à la 3ième place des charts quelques semaines plus tôt. Ce thème populaire de La Nouvelle-Orléans, adapté par Domino avec la complicité de Dave Bartholomew, n'a toutefois pas terminé sa carrière. On le retrouvera l'année suivante dans le film Mister Rock'n'roll, chanté par Little Richard, qui n'hésitera pas à se l'approprier en le baptisant Keep A Knockin'

 


Une chanson comme Be My Guest permet de mesurer le côté volatile et quasi immédiat d'un succès discographique en cette ère glorieuse du rock'n'roll. Au lendemain du succès de I Want To Walk You Home qui s'est placé dans le Top Ten pendant l'été 1959,  la marque Imperial fait revenir Fats en studio dès le 26 septembre. Comme à son habitude, le chanteur néo-­orléanais est accompagné par l'orchestre de Dave Bartholomew; au programme, deux titres, I've Been Around et Be My Guest, qui sont publiés quelques jours plus tard sur le 45‑tours Imperial 5627. Tout juste un mois après cette séance, les deux chansons font une apparition simultanée sur les charts, mais la seconde finira par devancer la première pour se hisser à la huitième place, en fin d'année. Il est alors temps pour Domino et ses musiciens de retourner en studio, dans les premiers jours de 1960, pour enregistrer le tube suivant, Tell Me That Vou Love Me.

 


Cinq ans après sa première apparition sur les hit-parades, Antoine « Fats » Domino reste l'un des artistes favoris du grand public qui apprécie sa bonhomie rassurante. Mais si Domino continue de tourner inlassablement à la tête de son grand orchestre, sa carrière discographique marque le pas. Après une série de petits succès comme Coquette ou Margie, il publie au début de l'été 1959 I Want To Walk You Home, classé à la huitième place du Hot 100, et surtout en tête des charts noirs. Le Fat Boy a encore quelques belles heures à vivre au cours des mois suivants avec Be My Guest et Walking To New Orleans, mais on sent chez lui un certain essoufflement. Ce phénomène n'échappe pas au principal intéressé qui quittera sa maison de disques, Imperial, au début de la décennie suivante pour tenter de retrouver le succès avec le géant ASC- Paramount.